Labanque

Déplier les mondes

Exposition du 23 mai au 15 novembre 2026
Commissariat : Valentine Umansky et Tadeo Kohan

Avec, entre autres, les artistes Haig Aivazian, Andrius Arutiunian, Harun Farocki, Michel François, Olga Fröbe-Kapteyn, Maëlle Gross, Lonnie Holley, William Kentridge, Jannis Kounellis, Amalia Laurent, Augustin Lesage, Cinthia Marcelle, Daniela Ortiz, Pamela Phatsimo Sunstrum, Sophie Ristelhueber, Hermann Rorschach, Sebastião Salgado, Felix Shumba, Hélène Smith, Rebecka Tollens, Gouider Triki, Luana Vitra, Yuyan Wang, Unica Zürn.

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« Les œuvres d'Augustin Lesage nous ont inspiré une réflexion autour de mondes souterrains. Nous avons déplié ses œuvres comme l'on déplierait une feuille de papier pour révéler les faces cachées des espaces qu'il imaginait. Petit à petit, ces œuvres nous ont menées vers des pratiques contemporaines qui émanent de l'underground et qui nous interpellent ; elles nous ont menées vers des artistes qui fomentent des coups depuis l'espace imaginaire du tunnel. » 
Valentine Umansky 
 
 
« Nées dans les profondeurs des tunnels et au sein des mondes invisibles, les œuvres d’Augustin Lesage ont guidé notre regard vers des pratiques contemporaines convoquant la puissance du mystère, du labyrinthique et de l’imperceptible. La dimension sociale et spatiale de la mine nous a également conduit vers des œuvres avec une forte dimension politique et historique. Une manière de tisser un fil entre d’autres espace-temps et notre présent. » 
Tadeo Kohan 

 


« C’est en janvier 1912 que de puissants Esprits sont venus se manifester à moi, en m’ordonnant de dessiner et de peindre, ce que je n’avais jamais fait auparavant ».

 Augustin Lesage (1876-1954), mineur depuis ses quatorze ans, est alors sous terre. Depuis ce monde souterrain, il entame sa carrière d’artiste, traduisant sur la toile les motifs soufflés par ces voix invisibles. Il déploie des univers denses, composés minutieusement ; mondes architectoniques multicolores. Imprégnées d’un syncrétisme puissant, ses œuvres se lisent en cascades : on tombe chaque fois qu’on les regarde dans un nouvel espace, plus profond, enfoui au sein du premier ; des systèmes complexes qui se multiplient à l’infini.   
 
C’est à cet endroit que débute l’exposition Déplier les mondes. Sur trois étages, elle explore la possibilité physique, symbolique et spirituelle d’univers parallèles, fruits de la mine, du minerai, de la terre creuse ; des espace-temps qui se superposeraient au nôtre si l’on pliait l’univers comme un papier de soie. Artistes et commissaires invitent ici les visiteur.euses à observer l’empreinte de cette trace d’encre ou de charbon, miroir de notre monde, comme une face B décalquée, variante de la première.   

Organisée en deux chapitres, Déplier les mondes propose un cheminement entre « terre ferme » – premier étage du centre d’art – et « mine » – rez-de-chaussée et sous-sols –, le parcours de l’exposition invitant à une descente, de la lumière vers l’obscur. S’inspirant du concept d’inflation éternelle, l’exposition opère selon le modèle hypothétique d'un univers en expansion éternelle. Ainsi, plusieurs œuvres d’un.e même artiste surgissent à différents points du parcours : à l'image de l'expérience vécue devant les peintures d’Augustin Lesage, des mondes se déploient à l'intérieur d’autres mondes, au sein du centre d’art. 

Évoquant visions kaléidoscopiques, cosmiques et langages de l’inconscient, la terre ferme déploie le travail d’Augustin Lesage, et s’attarde sur les mythes que ce dernier appelle, notamment celui d'Agartha. Ce royaume légendaire que l'on dit situé sous terre, réapparaît sous plusieurs noms en plusieurs endroits du globe : Asgartha, Asgarth ou encore Asgard. Le récit voudrait que, pour préserver la paix, les savoirs et l'équilibre mondial, à l’aune d’un conflit imminent, les humains se seraient réfugiés sous la terre, creusant de longs tunnels et créant dans son ventre une civilisation nouvelle. C’est à cet endroit-ci que la terre ferme se dérobe sous nos pas…  

Dans les tunnels et souterrains, les œuvres engagent à une rencontre avec la matière. On traverse des histoires où la montagne s’anime, rencontrant esprits de la roche et révoltes minières – le souffle du bitume, du pétrole et du charbon. Située à la frontière fragile entre mythologies collectives, théories d’un monde alternatif et fictions scientifiques, Déplier les mondes aborde, dans ce second chapitre, les politiques contemporaines de l’extraction minière, les voix des terres résistantes et les vibrations sonores de l’humus. L’exposition donne à voir des artistes qui pensent, créent, et fabriquent depuis l’espace du souterrain. Ce faisant, elle nous invite dans les profondeurs d’une pensée libre où art brut, spirite et contemporain se rencontrent aussi sans hiérarchie. 

Au travers de prêts issus de collections publiques et privées, ainsi que de nouvelles productions conçues pour Béthune, l’exposition fait se rencontrer le travail d’artistes de différentes géographies et générations, contemporain.es et historiques. Leurs œuvres – peinture, dessin, photographie, sculpture, installation, vidéo – composent une choralité de voix dissonantes, dont le chant nous parvient pourtant, dès lors que nous posons comme eux nos oreilles contre terre. 
 

Valentine Umansky et Tadeo Kohan