« Scenic Youth » : des paroles aux actes

Loisirs

Depuis son arrivée à la tête du centre dramatique national Hauts-de-France, en 2014, Cecile Backès fait du travail en direction de la jeunesse et des « écritures d’aujourd’hui » des « axes forts ». D’où la création, l’année suivante, de « Scenic Youth – Prix des lycéens pour les nouvelles écritures du théâtre », convergence de ces deux volontés.

Ambiance fourmilière, en ce mardi 16 mai, au Palace ainsi que, dans une moindre mesure, au Studio-Théâtre et au lycée Blaringhem, à l’occasion de la journée de conclusion de l’édition 2017 de ce projet - la consécration d’une année de collaboration, de travail (autour de quatre textes contemporains) entre la Comédie de Béthune et onze classes de lycéens (1).

Dans le dédale du vaisseau amiral de la Comédie, les visages apparaissent fermés parfois, concentrés toujours. Les gestes trahissent l’hésitation, la nervosité, le stress souvent. Ou le défoulement qui en libère tout ou partie. Six ateliers ont été montés pour les quelque 300 lycéens par le collectif d’artistes et toute l’équipe de la Comédie, des intervenants, dont l’écrivain et critique Manuel Piolat Soleymat.

Venant après des semaines de lectures studieuses, l’idée est là de faire émerger les métiers du théâtre, les pratiques de la scène. D’inventer ainsi des saynètes non écrites par les auteurs choisis, de faire du théâtre à 50, de réaliser des décors, de connaître le travail du son et de la voix, de savoir stimuler l’inspiration. D’affûter son sens critique aussi dans l’optique de la rencontre, quelques heures plus tard, avec le lauréat de l’année du prix de ces lycéens.

Et le gagnant est…

Les textes sélectionnés pour cette 3e édition étaient Tristesse et joie dans la vie des girafes, de Tiago Rodrigues (Portugal), traduction de Thomas Quillardet, aux éditions Les Solitaires Intempestifs ; Écrits pour la parole, de Léonora Miano (Cameroun / France), chez L’Arche Éditeur ; Septembre, d’Évelyne de la Chenelière (Canada), aux Éditions Théâtrales ; Et le ciel est par terre , un texte de théâtre inédit dû à Guillaume Poix, qui a recueilli les faveurs du jury lycéen.

L’auteur a écrit son texte en version courte en 2012. Il l’a étoffé « à partir de ce noyau dur » pour en faire une « grande pièce » en 2015-2016. De « l’histoire d’une famille devant une des tours du quartier qui allait tomber », il a « imaginé la vie [de cette] famille dans une plus grande période »…

1 – Lycée Blaringhem Béthune, Voltaire Wingles (2 classes), Henri-Darras Liévin, Châtelet Saint-Pol-sur-Ternoise, Diderot Carvin, Marguerite-de-Flandre Gondecourt, Jacques-Le Caron Arras, Savary-Ferry Arras, Alexandre-Ribot Saint-Omer, Mariette Boulogne-sur-Mer.


Parrain de cette édition, Manuel Piolat Soleymat (assis sur la table ci-contre) animait logiquement l’atelier « Écrit critique ». « Il s’agit ici, expliquait-il alors à son groupe, de savoir surtout comment aborder une relation pour faire une interview. Pour que, ce soir, ce soit le plus fluide possible. » Il a face à lui, entre autres, Rachel, qui se voit bien journaliste, plus tard. Ou Kenza qui « a déjà écrit des articles dans le journal du lycée » après avoir écouté un CD, par exemple. Ou Louise qui a choisi cet atelier « car, dit-elle, quand je lis un texte, je ne sais pas en faire une critique. »

Dans un autre recoin du Palace, un apprenti comédien peine à déclamer son texte qui « n’a pas de points. » Il se fait reprendre par son mentor du jour: « Il n’y a pas de points, mais il y a des retours à la ligne ! Relis bien ta phrase, regarde-moi et dis-la en respectant la consigne. » Pas facile, la vie de comédien (en herbe)…